101e Sedan-Charleville : performances historiques du groupe hors stade

Olivier GILLES nous livre ses impressions sur le Sedan Charleville 2021

 » Le Sedan-Charleville 2021 restera dans la mémoire du groupe hors stade du CMA à plusieurs titres.

D’abord parce qu’il marquait le grand retour de la classique ardennaise après l’année 2020 contrariée par la pandémie. Ensuite parce que ladite pandémie dissuadait les organisateurs d’inviter un plateau d’athlètes africains qui dominent la course depuis plus de 20 ans.

Autant dire que c’était une occasion historique (unique, peut-être, à l’échelle d’une carrière) pour les coureurs ardennais d’inscrire leur nom au palmarès ou, à tout le moins, de briller dans les hauteurs du classement.

Les cieux n’étaient pas cléments quand le starter donnait le signal du départ. La pluie continue variait en intensité mais se doublait de rafales déroutantes. Heureusement la météo ne dissuadait pas les spectateurs nombreux au long du parcours.

Chez les messieurs, l’on compte quatre athlètes du groupe hors stade dans les 25 premiers, sur 1 512 arrivants dont 1 191 hommes :

 Guillaume Fert, 10e en 1 h 21’ 35, montre la voie et termine devant le 1er Ardennais des trois précédentes éditions Mathieu MADUREIRA.

 Il est suivi par le solide Sébastien Hansen (18e, 1 h 24’ 21) et les deux recrues Anthony Dequenne (21e, 1 h 25’ 44) et Damien Avril (25e, 1 h 27’ 24).

Quentin Montaud, encore fatigué par une course récente au Portugal, termine 145e en 1 h 41’ 10. Olivier Gilles et Mickaël Flandre passent la ligne ensemble en 1 h 42’ 14 (156e et 157e).

Sébastien Lebon aura gratifié le public de ses facéties et termine à une belle 191e place (1 h 44’ 40), talonné par Fabien Posteaux en progression constante (197e, 1 h 45’ 02).

Damien Marcilly franchit la ligne en 1 h 50 exactement (302e), peu avant le récent finisseur de l’UTMB Samuel Bonne (315e, 1 h 50’ 52) et Arnaud Wauthier (326e, 1 h 51’ 37).

Pascal Josien est 416e (1 h 54’ 35), David Briquet 426e (1 h 55’ 06) et le toujours fringant Master 6 Francis Richard 441e (1 h 55’ 51).

Sébastien Laforêt boucle les 23,6 km en 1 h 59’ 36 (565e) tandis qu’Hervé Waslet et Denis Dequenne suivent de près (602e en 2 h 01 et 603e en 2 h 01’ 01).

Enfin Jérémy Dupuy, éloigné de l’entraînement par les hautes responsabilités publiques que l’on sait, honore de sa présence la compétition qu’il termine à la 1203e place (2 h 25’ 02).

L’exploit de Marie Navacchia 

 

 Mais c’est du côté des dames que l’exploit du jour a été accompli.

 Qu’on se figure bien les choses : la victoire était promise à Célia Fouchère (ASPTT), qui domine outrageusement le peloton des Ardennaises depuis des années. Dans le sas de départ, personne n’ose imaginer qu’en l’absence des Africaines, la victoire puisse échapper à Célia, régulière et performante. L’après-midi s’annonçait donc tranquille pour les observateurs de l’athlétisme féminin local.

Pourtant, 1 h 34 plus tard, ce ne sont pas les couleurs de l’ASPTT qui s’offrent à la vue des spectateurs amassés place Ducale. À l’angle de la rue Pierre Gillet, la tête de la course féminine prend le dernier virage. Coup de tonnerre : à l’avant, c »est un maillot jaune et bleu. Le public n’en revient pas : oui, c’est bien elle, c’est Navacchia ! Elle triomphe de Fouchère et termine en 1 h 34’ 26, 13 secondes devant son adversaire.

Le dénouement est d’autant plus grandiose que Célia comptait près de deux minutes d’avance en milieu de course. À la place de Marie, beaucoup auraient renoncé à tout espoir de victoire. Et pourtant…

Est-ce l’expérience ? Le talent ? Les dures séances d’entraînement effectuées, malgré l’épuisement, après des gardes de 24 heures à l’hôpital ? Est-ce l’intuition ? La capacité à reconnaître ces moments de grâce où les jambes et le mental sont parfaitement accordés ?

Sans doute un peu de tout cela… Marie entame un fantastique remontée et, mètre après mètre, seconde après seconde, dans un combat terrible et formidable contre Célia et contre elle-même, elle réduit l’écart. Célia est en ligne de mire ; elle va vite ; elle est forte. Mais Marie se dit au fond d’elle-même qu’aujourd’hui, cette victoire pourrait lui revenir. Non, cette victoire, elle est pour elle ! Peu importe la fatigue qui s’accumule : ce qui se produit alors est inexorable. Célia passe au semi-marathon en 1 h 24’ 43. Dans son sillage, à peine trois secondes plus tard, Marie passe à son tour. Que l’on se rende compte : elle pulvérise son record personnel de plus de quatre minutes ! Désormais elle est inarrêtable. Il lui reste 2 500 m pour accomplir l’exploit d’une vie sportive. Les façades de l’avenue d’Arches défilent. Ça y est : elle est en tête !

Au pont des Deux-Villes, une photo prise par Alexis Dancerelle est frappante : notre coéquipière donne à voir une incroyable détermination : la victoire sur Sedan-Charleville, pourtant promise à Célia et qui aurait assurément entériné sa suprématie, lui échappe. Aujourd’hui, pour une fois, elle n’était pas la plus forte ! Le cours Briand devient alors le chemin triomphal qui porte Marie vers la victoire. Les derniers hectomètres de bitume s’offrent à elle, qui les avale avec une force presque déconcertante.

Quelques secondes après l’arrivée, alors que Marie et Célia s’embrassent et se congratulent, deux hommes couvrent notre coéquipière d’un regard chaleureux et admiratif : Guy, son premier entraîneur qui, vingt ans plus tôt, décelait en elle un potentiel athlétique supérieur ; et Guillaume, son entraîneur actuel, qui s’emploie à donner à Marie les clés pour progresser toujours et gagner encore.

Que le groupe hors stade et le club entier, d’une seule voix, s’écrient : Hourra ! Hourra pour Marie Navacchia qui, malgré le temps maussade de ce 3 octobre 2021, aura fait briller les couleurs jaune et bleu, comme un soleil d’été dans l’azur du ciel ! Désormais son nom figure à jamais au palmarès d’une course plus que centenaire. Dans un siècle, les athlètes ardennaises y liront encore avec émotion le nom glorieux de Navacchia suivi des trois lettres : C, M et A !

L’on veut témoigner ici de l’état d’esprit de Marie dans les heures qui ont suivi. D’abord lors de la collation d’après-course (après le test antidopage et la miction libératrice survenue après une attente interminable) : alors qu’elle aurait pu légitimement s’abandonner à sa victorieuse félicité, sa démarche première fut de s’enquérir auprès de chacun de ses coéquipiers de leurs impressions et ressentis respectifs.

Ensuite au restaurant, lorsque Marie, toujours humble dans sa performance, prononça de bonne grâce le traditionnel discours du vainqueur : ses mots furent pour ces mêmes coéquipiers, qu’elle assura de sa joie de partager ce succès avec eux.

Décidément, l’athlétisme est beau quand il ressemble à un sport collectif.

 Cette première place ne doit pas occulter l’excellente course d’Anaïs Péron, qui rejoint le club cette année (7e sur 321 arrivantes, en 1 h 43‘ 03), et de Sandrine Gallerin, qu’on n’arrête plus (9e en 1 h 46’ 05). Viennent ensuite Isabelle Derrière (23e en 1 h 54’15) et, de retour de blessure, Juliette Janicki (59e en 2 h 02’ 13). »

 

Recent Related Posts